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MessageSujet: Keep my glass full until morning light [Pv Takuya] Ven 15 Avr - 15:47
Gabrielle Heimdall

Keep my glass full
ft. Taku
«Il est doux de se croire malheureux, quand on n’est que vide et ennuyé.»
- C'est un peu triste de s'enivrer tout seul.

- Le monde entier m'abandonne; je tâche d'y voir double, afin de me servir à moi-même de compagnie.





La nuit était tombée sur l'île de Kibou.

Les lumières des foyers s'éteignaient les unes après les autres dans le quartier Yamamoto. Un voile sombre avait gagné  l'appartement de mademoiselle Heimdall et s'était refermé sur elle. Enfermée dans sa chambre, elle avait trouvé refuge auprès d'une bougie posée sur son bureau, ne se souciant ni de la cire qui coulait ni des feuilles éparpillées en dessous son support ; son visage était rouge et son corps affalé dans un coin de la pièce, à même le sol. C'était une femme de belle apparence, mais dont le vide maladif faisait qu'il lui manquait toujours quelque chose pour atteindre le bonheur. Elle n'était jamais satisfaite, quand bien même sa vie trempait dans toutes les joies qu'une vie pouvait proposer. La déprime était revenue. Gabrielle ne croyait pas qu'elle retrouverait un jour cette vieille amie, mais cette dernière avait visiblement décidé de venir lui rendre une visite amicale. Ses bras enlaçaient ses longues jambes blanches, les resserrant contre sa poitrine pressée dans une robe de nuit qui descendait jusqu'à ses chevilles. Ses yeux oscillaient de bas en haut, fixant ses pieds puis la porte, inapte à se remettre debout. Tout son corps avait été engourdi par l'alcool, qui répandait son poison dans ses veines et lui intoxiquait lentement le sang.

Elle demeurait assise de longues heures durant, à fixer un point invisible sur le mur blanc qui lui faisait face.. Des cadavres de bouteilles jonchaient sur sa moquette, dont l'une crachait encore ses restes inachevés en un épais cercle rougeâtre.  La psychiatre s'était emplie sans jamais se rassasier, tel le tonneau des Danaïdes : Elle buvait mais la soif ne partait pas, stagnait, tant et si bien qu'elle avait cessé de compter les verres qu'elle s'était servi. Au fil du temps, l'alcool était devenu une consolation. Un passe-temps pour chasser l'ennui. Le liquide fruité des vins réchauffait son cœur froid et enivrait son corps et ses pensées : elle oubliait alors tout ce qui avait pu lui faire du mal il y a un temps, et tout ce qui allait lui en causer plus tard. Elle s'était tant habituée à sa dépendance qu'elle ne songeait même plus à aller rechercher de l'aide... mais cette nuit-là était différente. Victime de sa faiblesse ou de sa langueur, Gabrielle fut tout à coup prise du besoin de parler à l'un de ses rares amis – pour ne pas dire le seul.  Un homme qu'elle avait emmené chez elle un soir où elle était ivre ; puis d'autres suivirent, si bien que leurs ébats quotidiens avaient  fini par engendrer une amitié  à laquelle elle n'était pas accoutumée, elle qui souffrait d'une solitude de cœur insatiable. Mais aussi agaçant pouvait-il être quelquefois, elle ne se déplaisait pas tant que cela en sa compagnie ; il lui arrivait même de la désirer, d'autant plus qu'elle appréciait grandement les jours où son bon ami se mettait en tête de l'entretenir telle une Odette de Proust.  

Elle regrettait seulement qu'il ne fut pas plus cultivé dans le domaine floral. : Une fois, l'imbécile lui avait offert un bouquet de narcisses qui ne manqua pas de lui déplaire, de par sa signification insultante – mais Ô combien vraie. « Vous n'aimez que vous. » … Vraiment, qui d'autre pouvait-elle aimer ? Au moins pouvait-il s'estimer chanceux que la française ne soit pas plus aisée à blesser car étonnamment, Gabrielle ne se fâcha pas, se contentant de l'accepter sèchement. Elle avait beau s'étouffer dans un orgueil inhumain et en avoir pleinement conscience, elle ne permettait pas pour autant au premier gueux venu de la critiquer. Ses mains s'extirpèrent de la masse de tissu pesant sur ses frêles épaules et partirent à la recherche de son téléphone portable, tâtonnant dans le noir à défaut de pouvoir percer les ténèbres de son regard. Après plusieurs minutes à rôder dans sa chambre à quatre pattes tel un animal, la bretonne referma ses griffes autour de l'appareil et les fit tinter contre les touches, tapant un SMS tout ce qu'il y a de plus amical avant de l'envoyer à Takuya Itô, star internationale qui lui avait causée bien des torts : « Ramène tes miches. Et apporte une bouteille : je n'ai pas envie de te servir de l'eau du robinet à boire. » furent les mots qu'elle lui adressa, peu décidée à émettre la moindre douceur à son égard. Parfois, il lui arrivait même de se demander pour quelle raison cet homme continuait à venir la visiter alors qu'elle n'avait que son mépris à lui offrir (et plus selon son humeur, mais c'est une toute autre histoire), mais à cette question certes récurrente, elle ne trouvait jamais aucune réponse qui lui convienne. Lui aussi doit se sentir seul, pensait-elle. La solitude fait bien des choses, et elle s'y connaissait...

Le temps passait, et elle restait là, enveloppée dans sa couverture à adresser à la porte un regard fixe qui lui asséchait les yeux. Allait-il seulement venir ?  Qu'allait-elle faire si il refusait ? Dormir était la seule bonne option qui lui venait en tête. Elle se sentit somnoler pendant un instant, plongée dans une lutte sans merci afin de ne pas s'endormir, quand subitement, ses paupières s'ouvrirent d'une seule traite : Avait-elle seulement pensé à déverrouiller la porte ?  Comment allait-il entrer maintenant, ce nigaud ? Sans grande conviction, Gabrielle pensa à se lever mais se laissa à nouveau  mollement retomber sur le sol. Bah ! Il pouvait toquer, comme n'importe qui. De toute façon, il entra déjà chez elle comme dans un bordel... Les minutes se succédaient, sa patience était mise à rude épreuve, tout comme sa résistance à la fatigue. Elle entendit des pas dans le salon : cela devait être Takuya. La bourgeoise se leva, tituba et chuta de toute sa lourdeur sur le sol ; elle décida alors d'achever son trajet sur les genoux, puisque son corps ne parvenait plus à supporter son poids. Se mouvant de cette manière, Gabrielle atteignit avec difficulté la porte, qu'elle poussa de sa main fine avant d'y laisser passer son visage, de façon à pouvoir localiser son visiteur. A demi-dissimulée sous sa couette, la psychiatre vrilla donc deux yeux verts vers l'homme, avant de lui faire un léger salut de la main qui se métamorphosa bien vite en un signe destiné à lui faire comprendre qu'il se devait de la suivre. Comme pour appuyer son ordre à demi-dissimulé, elle  souffla un « Viens. » d'une voix autoritaire et repartit, toujours sur ses genoux, à l'intérieur de sa chambre, allant jouer avec une des bouteilles en attendant que son invité n'arrive.

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MessageSujet: Re: Keep my glass full until morning light [Pv Takuya] Ven 15 Avr - 17:13
Takuya Itô
Keep my glass full until morning light
Il était tard et Takuya venait de terminer une scène, pour un nouveau film. Il aurait cru que cela ne prendrait pas longtemps – ou du moins, qu'il aurait tourné plus de scènes. Mais la jeune actrice, qu'il avait pourtant très gentiment demandé en mariage lorsqu'il l'avait vue la première fois, se retrouvait pétrifiée chaque fois qu'elle devait tourner avec lui. Très franchement, il ne comprenait pas pourquoi, et en plus, ce n'était pas comme si il avait tenté quelque chose, pour une fois : il voulait juste rire un peu. En revanche, le jeune homme avec qui il avait usé de la même technique de « drague » se montrait lui un peu trop collant. Il allait devoir lui dire que c'était une blague. En réalité, Takuya avait une cible particulière en ligne de mire, une personne avec qui il allait bientôt travailler, à ce qu'il avait compris. Et cela prenait toute son attention – ou presque.

Alors qu'il entrait dans sa voiture, il sentit son téléphone vibrer. C'était un message de Gabrielle. Qu'est-ce qu'elle pouvait bien vouloir, à une heure pareille ? D'habitude, elle l'appelait bien avant. Il ouvrit le message, et ne comprit pas tout. « Ramen ton pain. Et une bouteille ; j veux pas te sevir de l'eau du robnet. ». Elle était très manifestement complètement saoule, mais elle avait fait sa liste de course. Il ne savait pas trop où est-ce qu'il pourrait trouver du pain à une heure pareille, par contre. Mais il pouvait toujours aller chercher des ramen – depuis quand elle aimait les ramen, d'ailleurs ? – et une bouteille. Et évidemment, les chocolats. Il n'allait jamais chez Gabrielle sans chocolats. Il poussa la porte du premier combini qu'il croisa, choisit attentivement ses articles, puis remonta dans sa voiture avec son petit sac, direction l'appartement de la jolie demoiselle. Il réalisa alors seulement qu'il pouvait lui envoyer un message, pour lui répondre, au moins, qu'elle ne s'imagine pas qu'il n'allait pas venir ; mais il était déjà au pied de son immeuble, alors ça n'avait plus tant d'importance.

Il monta les escaliers deux par deux, puis, chercha les clés dans la poche de son manteau. Puis il entra dans le salon – la porte, pour une fois, n'était pas fermée par les 36 loquets que Gabrielle avait ajouté à sa porte. Lui en referma quelques-uns, comme par habitude – au cas où l'une des conquêtes de la demoiselle ait aussi les clés. Il ne souhaitait pas qu'ils soient dérangés. Il posa son manteau sur le porte-manteau et posa le sac sur le canapé luxueux qu'il connaissait bien pour avoir plusieurs fois dormi dedans en attendant le petit jour. Il se demandait parfois si Gabrielle avait conscience qu'il ne passait que la porte de sa chambre, la plupart du temps. Porte de la chambre qu'il entendit d'ailleurs s'ouvrir, et il put sentir les yeux de la demoiselle fixés sur lui. Il lui sourit, attrapa la bouteille et la suivit, répondant ainsi à l'invitation.

La pièce était plongée dans l'obscurité, mais pourtant, il distinguait les cadavres de bouteille grâce à la lumière du salon qui filtrait par la porte ouverte. L'une d'elle n'était pas complètement vide, mais elle avait perdu beaucoup de sa substance en se déversant sur le sol. Il la redressa, puis regarda Gabrielle, qui avait l'air mal en point, à tourner une bouteille vide dans ses mains.

- Hey, ça va pas ? Tu bois pas autant d'habitude. Pas toute seule en tout cas. Ou tu m'appelles pas. D'ailleurs, pourquoi tu voulais du pain ? Désolé au fait, j'en ai pas trouvé. A une heure pareille, en même temps… Est-ce que tu restes par terre parce que tu n'arrives pas à te relever ? T'es bourrée à ce point ?

Il laissa échapper un petit rire, puis il ouvrit la bouteille qu'il avait apporté.

- Je vais chercher des verres, attends-moi. De toute façon, vu ton état, ça m'étonnerait que t'arrives à bouger sans te vautrer. Et fais attention à pas la renverser, celle-là.

Il revient quelques instants plus tard, pris soudainement d'une envie de lui faire une blague – qu'il allait sans doute regretter plus tard, mais c'était trop beau.

- Tu veux un verre ? Takuya attendit à peine sa réponse avant de la faire lâcher la bouteille qu'elle tenait et de lui mettre le verre – vide – entre les mains. Voilà.

Un grand sourire satisfait s'était affiché sur le visage de l'homme. Et voilà, il allait bientôt mourir. Mais ça valait le coup.
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MessageSujet: Re: Keep my glass full until morning light [Pv Takuya] Ven 15 Avr - 22:56
Gabrielle Heimdall

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«Il est doux de se croire malheureux, quand on n’est que vide et ennuyé.»
- C'est un peu triste de s'enivrer tout seul.

- Le monde entier m'abandonne; je tâche d'y voir double, afin de me servir à moi-même de compagnie.




« Viens. » Sa voix se fit ferme et son doigt décoré d'un ongle rouge se replia, l'intimant de la suivre. Il avait suffit d'un ordre, d'une seule phrase pour que l'homme pose son sac sur le canapé et aille à la suite de la psychiatre qui se dirigeait vers l'intérieur de sa chambre, « peut-être dans l'espoir d'attentions particulières », pensa-t-elle avec un léger sourire moqueur aux lèvres. Cette docilité de la part de l'acteur enjouait Gabrielle qui appréciait toujours autant de mener ses relations à la baguette, bien qu'elle se demandait si cela ne cachait pas quelque chose de louche. A cette pensée, la bretonne s'arrêta, toujours sur ses genoux et jeta un regard par dessus son épaule afin de lorgner le japonais. Étant donnée la nature de leur relation, Takuya pouvait très bien penser qu'elle l'attirait dans sa chambre pour se jeter sur lui telle un monstre de luxure ; et malheureusement, elle en était bien incapable. Mais elle préférait ne jurer de rien. Combien d'hommes et de femmes était-elle parvenue à emmener chez elle afin d'approfondir les présentations tout en éprouvant de grandes difficultés à marcher droit ? Oh, beaucoup. Elle était si souvent ivre qu'elle parvenait presque à vivre correctement en dépit de son hémoglobine alcoolisée. Telle une larve de royauté, elle rampa à demi en direction de son bureau, agrippa son chalumeau en écrasant ses bras sur le bois puis ralluma la flamme de la bougie, ne serait-ce que pour voir le visage de son invité. Celui-ci était désormais dans sa chambre à regarder les bouteilles qui jonchaient par terre, remettant par la même occasion une debout pour l'empêcher de couler.

« Hey, ça va pas ? Tu bois pas autant d'habitude. Pas toute seule en tout cas. Ou tu m'appelles pas. » - Je, euh... « D'ailleurs, pourquoi tu voulais du pain ? » - … Hein ?  « Désolé au fait, j'en ai pas trouvé. A une heure pareille, en même temps… » - ... « Est-ce que tu restes par terre parce que tu n'arrives pas à te relever ? T'es bourrée à ce point ? » - … J'suis pas bourrée. Et je peux me lever, qu'est-ce que tu crois... en plus, il y en a qui datent d'hier, je n'ai pas tout bu aujourd'hui...

Seigneur, cet homme parlait tellement (et si vite !) que la psychiatre, pourtant habituée à pire, avait du mal à suivre et était restée hébétée, la bouche ouverte durant tout le long : l'acteur était-il seulement humain ? Quelquefois, il lui arrivait d'en douter. Les joues rougies par l'alcool et la colère éprouvée face à cet outrage, Gabrielle gonfla les joues, continua sa danse de l'anguille en pleine crise d'épilepsie (tout en évitant difficilement les bouteilles sur son chemin) et tenta en un premier temps de se remettre debout, s'appuyant aux bords de son lit. Ses jambes tremblèrent quelques secondes ; elle serra la mâchoire puis, avant même de pouvoir décocher un sourire mi-fier, mi-crispé au japonais, retomba aussitôt par terre, sur le dos. Sa main - cette cruelle palme idiote - avait glissé. Par chance, elle ne s'était pas fait mal malgré son ossature fragile, mais ce n'était pas la douleur physique qui lui posait problème à cet instant précis - non, ce qui la gênait, c'était de s'être lamentablement vautrée devant cet abruti qui rigolait niaisement. Ou peut-être était-ce son rire naturel ? Gabrielle ne parvenait pas à trancher. Mais s'il lui fallait trancher quelque chose, elle préférait viser le cou de Takuya que, par chance, elle ne pouvait pas atteindre. Elle se remit à nouveau assise, mais cette fois-ci, sans fantaisie : elle était désormais dans la position traditionnelle japonaise, le seiza. Ou du moins... quelque chose qui y ressemblait. Par malheur, son équilibre était tangible, et elle dût s'appuyer de ses mains pour ne pas partir en avant. Ses genoux commençaient à être douloureux. Prise de désespoir, elle grogna et regarda Takuya avec des yeux de chat méchant, tendant les bras vers lui :

❀  … Grmblblbl... Aide-moi au lieu de te moquer, espèce de gros mouflet ! Utilise un peu ta puissance de paysan à bon escient... 

Pour la gentillesse et la douceur, l'acteur pouvait bien repasser plus tard. Ayant sûrement pitié de son amie, il accepta et lui offrit un coup de main salvateur qui lui permit de s'asseoir sur le rebord de son lit. Takuya ouvrit alors sa bouteille. « Je vais chercher des verres, attends-moi. De toute façon, vu ton état, ça m'étonnerait que t'arrives à bouger sans te vautrer. Et fais attention à pas la renverser, celle-là. », lui dit-il, tandis qu'elle haussait négligemment les épaules. Comme si elle allait la renverser. Toujours sa bouteille vide dans la main, elle la serra contre elle de ses bras tout en basculant doucement d'avant en arrière, se berçant en attendant le retour de son invité. Elle laissa son regard vagabonder dans la pièce. Sol ? Rien. Bureau ? Rien. Lit ? Elle retourna son oreiller, tira un peu sa couverture. Rien. Elle fronça ses sourcils, pinçant les lèvres : mais bon sang, où avait-il caché ses chocolats ? Avait-il osé se présenter chez elle sans aucun présent autre que la bouteille qu'elle lui avait demandé ? Gabrielle s'apprêta à lui poser la question mais crut vomir au moment-même où elle tenta d'utiliser ses cordes vocales - mauvaise idée, donc. « Tu veux un verre ? » L'acteur revint finalement avec deux verres, obtenant ainsi un sourire amical mais Ô combien fatigué de la psychiatre qui mit un bon moment avant de lâcher son précieux sceptre de verre. C'est alors que Takuya posa un de verres dans le creux de sa main, concluant son geste d'un « Voilà. » satisfait.

Gabrielle ne comprit pas. Son regard fixa un instant le verre vide que tenait désormais ses doigts ; son esprit engourdi par l'alcool ne parvenait pas à assimiler ce qu'il venait de se passer ni ce que l'homme tentait de dire : « … ? » Son sourcil se leva ; elle l'attendait, son verre. Pourquoi est-ce qu'il ne la servait pas ? Puis, elle redressa la tête et regarda Takuya dont le sourire ne tarissait pas. Ce sourire-là... elle le connaissait bien. C'était le sourire de l'imbécile heureux fier de ses conneries. La psychopathe perdait peu à peu le sien au fur et à mesure que l'information remontait à son cerveau. Soudain, elle comprit. Le regard aussi noir que le côté Obscur lui-même, la demoiselle vrilla deux yeux emplis d'envies de meurtre vers l'acteur qui ricanait toujours, avant de lever sa main dans le but de lui donner le coup de poing de sa vie... mais au lieu de ça, elle partit en avant et finit le front contre le genou de l'homme, à moitié sonnée. Plus que tous les autres jours de sa misérable existence, Gabrielle haïssait sa vie. Mais à tel point ! Elle ne prit pas même la peine de se rasseoir correctement, sentant son cou aussi mou que de la gelée, mais dans le respect des priorités, elle leva la main qui tenait son verre et le tendit vers le visage du barbu :

… Remplis-moi ce verre avant que je ne te l'écrase sur la tête...  Ce n'est clairement pas pour ton humour que je couche avec toi, putain...

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MessageSujet: Re: Keep my glass full until morning light [Pv Takuya] Sam 30 Avr - 2:30
Takuya Itô
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Gabrielle lui fit signe de s'approcher, d'entrer dans la chambre avec elle. Takuya connaissait toutes les pièces de l'appartement de son amie. Après tout, quand il restait parfois, il n'était pas rare qu'il se désaltère – avec l'eau du robinet qu'elle avait refusé de lui servir ce soir – et qu'il prenne des douches. Il avait parfois l'impression d'exagérer, mais tant qu'elle ne disait rien, il continuait. Elle semblait se cacher derrière l’entrebâillement de la porte, mais il sentait son regard fixé sur lui, jusqu'à ce qu'elle s'éloigne à l'intérieur de la chambre, où il finit par la rejoindre, avec un sourire qui ne cachait rien sur ce qu'il attendait de la suite. Néanmoins, en passant la porte, il se souvint que Gabrielle ne lui avait pas paru dans un état particulièrement… utile pour pousser plus loin que de simples câlins. Et les cadavres de bouteilles jonchant le sol le lui rappelèrent brutalement. Il attrapa une bouteille qu'il redressa, puis, s'adressa à la femme assise sur le sol. Il avait peut-être parlé un peu vite exprès pour qu'elle s'emmêle les pinceaux, qu'elle ne comprenne pas tout. Néanmoins, il fit une pause avant de supposer qu'elle n'arrivait pas à se lever.

Gabrielle poussa un grommellement, avant de lui répondre qu'elle pouvait parfaitement se lever. Takuya haussa un sourcil, ne demandant qu'à voir ça. Il la vit se redresser un peu lamentablement à l'aide de son lit, il la sentit tremblante sur ses jambes, et il la regarda tomber avec ce sourire qui disait « Tu vois, j'ai réussi, ah ! ». Il voulut la relever, mais son premier réflexe fut de rire face à cette chute ridicule. Et il bien connu que les hommes sont incapables de faire plusieurs choses à la fois, et rire est une activité importante. Pendant ce temps-là, elle s'était relevée, et s'appuyait désormais sur ses genoux, lui lançant un regard noir. Il calma son rire, se contentant de lui sourire, légèrement narquois. Gabrielle se sentait souvent plus forte qu'elle ne l'était, et il le savait. Puis elle bascula en avant, les bras tendus vers lui, et il consentit à la rattraper. Elle lui demanda de l'aide. Même si elle cachait ses propos sous des insultes, il savait ce qu'elle voulait. Il lui tendit la main, prêt à la rattraper si jamais cela ne suffisait pas.

- Bien sûr votre Altesse.

Il attendit qu'elle fut installée de manière plus ou moins sûre avant de prendre la bouteille qu'il avait apporté et de l'ouvrir. Il avait pris du vin, un peu au hasard, et n'était pas sûr qu'il soit très bon. Néanmoins, ne voulant pas passer pour un ivrogne de bas étage en buvant au goulot, il prit la décision d'aller chercher des verres. Il posa sa bouteille par terre, demandant à Gabrielle de faire attention à ne pas la renverser, et elle haussa les épaules. Oui, pour lui demander de ramener quelque chose, ses bouteilles devaient sûrement être vides. Il s'éclipsa de la chambre, clignant des yeux face à la lumière éclatante du salon, qui brillait bien plus que les petites bougies dans la chambre de la psychiatre. Il se dirigea vers la cuisine, hésitant un instant à prendre des coupes qui semblaient hors de prix, mais préféra des verres tout simples – ce n'était pas parce qu'il pouvait les rembourser qu'il avait envie de prendre des risques. La Reine se contenterait de verres basiques. Il retourna dans la chambre, et lui demanda si elle voulait un verre. Il savait que Gabrielle se vengerait plus tard de cette petite blague, mais l'occasion était trop belle pour la laisser passer. Face à son approbation, il lui donna le verre. Et il attendit qu'elle comprenne.

Le regard qu'elle lui lança n'eut pour effet que de le faire ricaner. C'était vraiment trop drôle – et tant pis s'il le regrettait plus tard. Gabrielle lança son bras vers lui, mais il n'eut même pas besoin de bouger pour éviter que son poing ne rencontre son visage, car elle s'écrasa à mi-chemin, sa tête cognant contre son genou. Il cessa de rire, mais souriait toujours, un peu moins moqueur, plus doux. Il caressa doucement les cheveux blonds de la demoiselle. Comme ça, elle ressemblait … Le verre apparut soudain sous son nez, et il rit à nouveau. Elle ne perdait pas le Nord, en tout cas.

- Ahah, désolé, c'était nul mais tentant. Et puis ça, que tu couches pas avec moi pour mon humour, je le sais bien. Heureusement que j'ai d'autres qualités. Par exemple, je suis beau, charmant… et je fais les courses de madame. Je ne t'ai même pas ramené tes chocolats tiens, ils sont encore dans le salon. Tu les veux maintenant ou après ton verre ?

Ils remplit les deux verres, buvant le sien cul-sec avant de remplir à nouveau son verre en attendant la réponse de Gabrielle. Il le posa, prit celui de la femme et l'aida à se redresser.

- Tu sais que tu vas avoir une sacré gueule de bois demain ? Tu vas la sentir passer.

Il s'allongea dans le lit, sur le dos, veillant toutefois à ce que Gabrielle ne fasse pas tomber de vin sur elle, le lit ou même sur lui. Vu l'état dans lequel elle était, vu qu'elle n'arrivait pas à se lever, il n'aurait pas été étonné qu'elle laisse tomber son verre. Il soupira, réalisant qu'il aurait peut-être dû prendre deux bouteilles. Bah. La soirée venait de commencer, il aurait sûrement l'occasion de retourner en acheter une deuxième si le besoin s'en faisait sentir.

- Le vin est à ton goût ? Je sais pas ce que les français aiment, j'ai choisi au hasard. Le plus cher qu'ils avaient, je me suis dit que c'était sans doute un gage de qualité.
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MessageSujet: Re: Keep my glass full until morning light [Pv Takuya] Dim 1 Mai - 14:47
Gabrielle Heimdall

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«Il est doux de se croire malheureux, quand on n’est que vide et ennuyé.»
- C'est un peu triste de s'enivrer tout seul.

- Le monde entier m'abandonne; je tâche d'y voir double, afin de me servir à moi-même de compagnie.



Fatiguée de sa vie de misères et plus particulièrement de ses blagues, la psychiatre se laissa choir sur le genou de l'homme, tentée de simuler sa propre mort - qui, à ses yeux, lui semblait plus attirante que d'écouter davantage le pauvre Takuya à l'humour manquant. Une main criminelle et non-désirante de lui infliger quelque mal se glissa alors dans l'épaisse chevelure blonde de la belle, qui n'eut pour réaction que d'ouvrir grand ses paupières et d'agripper de ses doigts faibles le poignet de son ami, le priant ainsi de cesser ces attouchements capillaires :  « — ... Que fais-tu ? », elle murmura, d'une voix frémissante. Un frisson d'origine inexpliquée remonta son échine tandis qu'elle relevait son visage, étonnée et apeurée d'une telle marque d'affection. Elle défit finalement sa prise, reposant son front contre sa jambe. Même en y réfléchissant plus intensément, elle ne parvenait pas à assimiler l'égarement passager de cet homme - non, de son sex-friend dont la douceur n'était pourtant pas le fer de lance. A l'inverse, ce n'était pas ainsi qu'était leur relation ; ni ainsi qu'elle l'aimait. Ce geste qui pourtant, aurait pu prendre une forme touchante l'embarrassait plus qu'il ne lui plaisait, du fait de son caractère presque contre-nature : depuis quand lui caressait-on les cheveux ? On les lui tirait quelquefois, certes, mais comme un chien accoutumé à sa propre maltraitance, la moindre tendresse à son égard avait plutôt tendance à lui donner envie de s'enfuir.

« — Ahah, désolé, c'était nul mais tentant. Et puis ça, que tu couches pas avec moi pour mon humour, je le sais bien. Heureusement que j'ai d'autres qualités. Par exemple, je suis beau, charmant (❀ — et modeste)… et je fais les courses de madame. Je ne t'ai même pas ramené tes chocolats tiens, ils sont encore dans le salon. Tu les veux maintenant ou après ton verre ? »

L'appât avait été jeté dans le lac. Les chocolats. Ses précieuses sucreries. Tentée de se rendre dans le salon en rampant, elle se redressa non sans aide de la part du japonais, puis le regarda de ses yeux fatigués et rouges de ne pas avoir assez dormi : « — Tu aurais pu être laid et stupide (remarque, tu l'es déjà pour ce second point) que je coucherais tout de même avec toi... Au moins pour les chocolats. D'ailleurs, je les mangerai demain, je... pense pas que je puisse manger quoi que ce soit actuellement... » Le goût de la bile n'avait que trop caressé ses douces papilles malmenées, après tout. Gabrielle avait beau être téméraire, elle ne pouvait toutefois pas se permettre de rejeter son absence de repas sur sa somptueuse moquette - ou pire ! sur son invité de luxe. Après tout, n'avait-elle pas une image à protéger - celle d'une ivrogne pataugeant dans le miasme de sa non-existence ? Mais, du haut de son orgueil hypertrophié, la psychopathe ne se voyait pas telle quelle. Pourquoi affronter la dure réalité quand, en deux trois mouvements habiles, il est tout à fait aisé de l'aliéner ? « — Tu sais que tu vas avoir une sacré gueule de bois demain ? Tu vas la sentir passer. » reprit-il en lui servant paradoxalement son verre. La bretonne lui adressa un faible sourire qui relevait à peine ses commissures tremblantes, avant de prendre délicatement le pied de sa boisson :

« ❀ — Oh ? Dans ce cas, accompagne-moi dans mon prochain martyre. » Elle fit tinter le cristal contre celui tenu par la main de son ami : «  — Tchin. Et défense de rétorquer "tchin-tchin". Ordre de la Reine.»

Un regard noir, et Gabrielle se sentit enfin exemptée d'une autre nouvelle blague. Elle ne connaissait que trop bien l'immaturité du japonais pour ne pas se méfier ; et, tandis qu'il s'affalait tel un loir sur SON lit, la psychiatre tenta vainement de boire son vin, mais ne parvint qu'à tacher sa fine robe de nuit. Grommelant de sa maladresse, elle posa finalement son verre et attrapa à la volée la bouteille avant de la porter à ses lèvres, buvant au goulot. Pourquoi se préoccuper de l'avis de Takuya ? Il savait déjà quelle alcoolique elle était ! A sa question, la française n'y répondit que par un levé de pouce, signifiant que le vin était tout ce qu'il y a de plus potable. Mais ce ne fut que lorsqu'elle s'en séparait qu'elle reprit (difficilement) parole :

« ❀ — Ça va. » Elle s'allongea à son tour, l'écrasant à demi. De sa main délicate, elle lui ôta son verre et le posa sur sa table de nuit, puis lui fourgua tout à coup la bouteille dans la bouche avec un large sourire en coin : « — Boire au verre, c'est pour les t'pettes. »


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MessageSujet: Re: Keep my glass full until morning light [Pv Takuya] Ven 20 Mai - 1:40
Takuya Itô
Keep my glass full until morning light
Sa main s'était égarée dans la chevelure blonde de Gabrielle. Ça n'avait pas été prémédité ; c'était juste – la voir comme ça, ne distinguer que ses cheveux blonds éparpillés sur ses genoux, quelque chose l'avait poussé à toucher la chevelure, à la caresser, sans qu'il n'arrive clairement à discerner quoi. Elle n'avait pas apprécié, bien sûr. Elle lui avait attrapé le poignet, d'une poigne ferme mais si frêle, si fragile, et lui avait demandé ce qu'il faisait, avec un air plus étonné et craintif que mécontent, à vrai dire. Comme si elle n'était pas habituée, comme si les gestes d'affection ne faisaient pas partie de son monde. Et qu'elle n'en voulait pas, de toute façon. Ce devait être triste, parfois, non ? Mais il ne fit aucun commentaire sur ça, préférant reprendre la discussion où elle s'était arrêtée, comme si cet instant – gênant, et ce sans doute pour les deux côtés – n'était jamais arrivé. Il attrapa le verre de la psychiatre, le remplit aussitôt avant de l'aider à se redresser, puis se servit lui aussi de son côté. Takuya repartit sur le sujet des chocolats, désireux soudain de sortir de la chambre qui en quelques secondes avait pris des airs de salle des enfers – il avait l'impression que le malaise qu'il ressentait soudain flottait dans la pièce, s'accrochant à chaque pan de vêtement, à chaque mèche de cheveux. Mais Gabrielle semblait déjà être passé à quelque chose, ce qui l'apaisa quelque peu. Lui aussi, de toute façon, finirait par oublier – c'était du moins ce qu'il se disait en se servant un verre à nouveau.

Elle déclina, hésitante, après lui avoir dit qu'il était stupide. Hey, c'était de pas de sa faute si elle couchait avec n'importe qui, en même temps. Et puis, elle avait quand même de la chance qu'il soit juste stupide comme il était – il savait comment devenir bien pire à ce niveau. Gabrielle ne méritait cependant pas cela, et si elle le trouvait déjà stupide, il n'avait pas non plus envie d'enfoncer le clou et d'empirer son cas. Enfin, elle ne pouvait plus manger ; elle risquait certainement de vomir. Tout ce qu'elle pourrait avaler, à ce niveau, se résumait à l'alcool. Takuya attrapa le verre de la psychiatre, le remplissant, lui assurant ainsi la gueule de bois qui viendrait inévitablement le lendemain. Mais cela n'eut pour effet que de faire sourire la demoiselle, qui prenait son verre d'une main tremblante, mais d'une façon assurée. Elle fit tinter son verre contre celui de Takuya, et tandis que le mot « tchin » traversait ses lèvres, il se fendit d'un sourire narquois, déjà prêt à répondre. Mais elle le lui interdit avant même qu'il ne puisse le faire, et il soupira avant de boire son verre.

Il s'étala alors sur le lit, déçu, tandis qu'elle peinait avec son verre de vin. Un sourire vint presque s'installer sur ses lèvres tandis qu'il l'entendait marmonner. Puis elle attrapa la bouteille, et Takuya se redressa sur un coude, lui demandant si le vin était bon tandis qu'elle buvait au goulot. Quelle alcoolique. Elle leva un pouce, puis cessa finalement de boire, tandis qu'il avait pris le verre que Gabrielle n'avait pas daigné finir. Puis elle vint s'installer à ses côtés, ou plutôt sur lui – heureusement qu'elle était légère. Non pas qu'il soit fragile ou quoi que ce soit, mais supporter le poids d'une autre personne ne lui avait jamais semblé bien agréable. Puis la psychiatre descendit la bouteille au niveau de sa bouche, après avoir posé le verre ailleurs. « Boire au verre, c'est pour les t'pettes » hein. Il se redressa, ne souhaitant pas particulièrement mourir étouffé, et but quelques longues gorgées de vin. La bouteille était déjà presque vide…

- Ouais, « peu importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse » je suppose… T'es sûre que t'as rien d'autre que de l'eau ? Parce qu'on a déjà quasiment fini la bouteille et franchement, j'ai la flemme de descendre au combini du coin pour en acheter une autre. Ou plusieurs, en fait. Plusieurs ouais. Quitte à finir ivre mort, autant bien le faire. Une idée germa dans sa tête. Et, tant qu'à finir ivre mort, autant s'amuser. On fait des jeux à boire ? Si t'as des dés… Hm, ce serait quand même plus amusant avec des cocktails, je n'aurais pas l'impression de boire du raisin en permanence. J'aime même pas ça, le raisin. Bon, t'en dis quoi ? Je sors chercher autre chose ?

L'alcool déliait la langue de Takuya, déjà excessivement bavard à l'origine. Il doutait que ce soit du goût de Gabrielle, mais à ce stade-là, elle n'était pas sa première préoccupation. Il attrapa la bouteille, la portant finalement à sa bouche – de toute façon, quoi ? Il passerait pour un alcoolique devant elle ? Grand bien lui fasse.

- Ouais, je vais aller en racheter… dit-il en secouant la bouteille. Y a plus rien là-dedans.

Il se redressa, mit pied à terre et se leva plus facilement qu'il ne l'aurait cru après avoir avalé autant d'alcool en si peu de temps.

- Bon, essaye de… rester en vie, je suppose. Je reviens.

*

Et effectivement, il revient une quinzaine de minutes plus tard, des bouteilles de toutes sortes s'entrechoquant dans le sac qu'il portait. Takuya n'avait jamais su vraiment faire des cocktails, mais ça ne devait pas être si compliqué. Au pire, quoi ? Ce serait dégueu, trop fort, pas assez, et après ? Ils allaient finir par dormir sur le sol à tout les coups, donc que ce soit plus rapide ou plus lent, ça n'avait pas d'importance. Et puis, il avait Internet, hein. Il allait pouvoir trouver des « recettes » facilement. Ce qui était la raison pour laquelle il avait diverses boissons dans son petit sac. Il regagna la chambre de Gabrielle rapidement, puis s'installa par terre et commença à déballer les boissons.

- Votre Altesse voudrait-elle un cocktail ? Je suis prêt là. Même si j'ai pas de shaker. On fera sans.
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MessageSujet: Re: Keep my glass full until morning light [Pv Takuya] Mar 7 Juin - 3:00
Gabrielle Heimdall

Keep my glass full
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«Il est doux de se croire malheureux, quand on n’est que vide et ennuyé.»
- C'est un peu triste de s'enivrer tout seul.

- Le monde entier m'abandonne; je tâche d'y voir double, afin de me servir à moi-même de compagnie.




Posée sur le torse de son invité, Gabrielle le fixait de ses yeux verts vides de vie, tandis que le pauvre homme peinait à s'abreuver sans s'imbiber les poumons de l'amère liqueur. Constatant cela, il se redressa pour limiter les dégâts et continua à prendre de longues gorgées de vin, sous le regard intrigué de la psychiatre. De son index et, dans l'espoir de faire s'écouler le temps plus rapidement en se distrayant, elle frôla doucement la barbiche si atypique de l'acteur, et en redessina les contours, comme captivée par ces derniers. Cette barbe était un sombre mystère pour la trentenaire : Pourquoi la taillait-il ainsi ? Quelle était sa véritable forme - celle d'un Batman au carré, ou de deux chats ? N'éprouvait-il aucune honte à l'idée de porter une telle abomination capillaire ? A cette pensée, les sourcils de la française se froncèrent. Certainement que non ; cet homme n'avait aucune once d'idée de cette gêne légendaire dont il devait sûrement entendre parler, sans jamais la rencontrer. Une femme dépourvue de cœur de par sa psychopathie et un clown malheureux, éhonté et désabusé... on pouvait dire qu'ils faisaient la paire ! Cessant ses étranges caresses tout ce qu'il y a de plus platonique en voyant que l'alcool venait d'être bu presque jusqu'à sa dernière goutte, elle se remit assise aux côtés de Takuya puis ouvrit de grands yeux choqués en l'entendant parler, manquant par la même occasion de se mordre ses deux bouts de langue sous la surprise :

- Ouais, « peu importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse » je suppose… T'es sûre que t'as rien d'autre que de l'eau ? Parce qu'on a déjà quasiment fini la bouteille et franchement, j'ai la flemme de descendre au combini du coin pour en acheter une autre. Ou plusieurs, en fait. Plusieurs ouais. Quitte à finir ivre mort, autant bien le faire. Et, tant qu'à finir ivre mort, autant s'amuser. On fait des jeux à boire ? Si t'as des dés… Hm, ce serait quand même plus amusant avec des cocktails, je n'aurais pas l'impression de boire du raisin en permanence. J'aime même pas ça, le raisin. Bon, t'en dis quoi ? Je sors chercher autre chose ?


Cet idiot... venait-il de citer du Musset ? Les yeux pareils à ceux d'un merlan frit ayant vu les pires secrets de ce monde, Gabrielle resta un moment abrutie, ne sachant nullement que répliquer à ces vomissements de paroles qui ne tarissaient pas. Était-il seulement au courant qu'il y avait quelqu'un qui l'écoutait - ou du moins, qui tentait de le faire de l'autre côté ? Ou alors parlait-il tout seul ; elle n'en savait trop rien et, de toute façon, ne voulait pas triturer sa cervelle molle pour le moment. Encore fallait-il qu'elle se remette de son traumatisme, ce qui n'était pas gagné vu l'abominable blue screen qui s'était installé sous son crâne... vraiment. Du Musset. Ce n'était pas possible. S'il restait encore à la psychiatre un petit morceau de cœur à donner, Takuya se serait retrouvé dans de graves soucis - mais par chance, tout son organe battait pour sa mère, dans un amour magnifiquement incestueux. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Finissant tout de même par reprendre ses esprits malgré sa soudaine absence, Gabrielle passa sa main de sa chevelure blonde puis hocha la tête afin d'approuver la proposition du barbu (tout en soulignant au passage son étrange culture) : « … J'ignorais qu'un "acteur" tel que toi pouvait être cultivé... mais va, si tu y tiens. Je t'accompagnerais bien mais... Je ne pense pas que je le puisse. » Elle soupira, prit ses jambes en embrassade de ses bras. De son côté, l'acteur finit la bouteille - qui au final, n'était pas si vide que cela, se leva et fit part à la psychiatre de son intention d'aller en racheter.

Sur ces mots, Takuya se leva et Gabrielle eut un petit mouvement en sa direction par peur que celui-ci ne s'écroule après tout cet alcool ingurgité mais la belle se rassura vite, voyant qu'il n'avait ni besoin d'aide, ni de problèmes à marcher. Très bien, au moins, elle n'allait pas avoir à bouger de là. Avant de s'en aller, il lui demanda d'essayer de ne pas dépérir au vol, et la demoiselle n'eut pour réponse qu'un long soupir peu convaincu. Elle ne pouvait promettre de rien pour cette fois. La porte se referma finalement, et la psychiatre se retrouva seule. Ironiquement, c'était lorsque l'acteur la quittait qu'elle se mettait à regretter sa présence, mais à force de la côtoyer, Gabrielle avait fini par s'adapter à sa solitude. Désirant profiter de cette absence qui l'attristait malgré son détachement particulier à l'égard des gens pour se changer, la française se remit péniblement sur ses deux jambes branlantes et se dirigea non sans mal vers la porte, qu'elle atteignit au bout de quelques pas. Tenant la poignée de sa main tremblante, elle la poussa vers elle puis s'engouffra dans le salon lumineux, dans lequel sautillait son cabot à la face enfoncée. Au final, elle préférait encore avoir son chien que de devoir supporter sa propre compagnie ; ce pour quoi elle le fit entrer. Il la rejoignit aussitôt, bondit sur le lit et commença à renifler le moindre tissu qui le recouvrait, provoquant ainsi le désarroi de sa maîtresse devant si peu de dignité. De son côté, cette dernière avait réussi à se décrocher de la porte et avait donc rampé tant que possible vers l'un de ses placards, dont elle tira le premier haut qui lui passait sous la main. Ce ne fut que lorsqu'elle enfila qu'elle remarqua le problème : En plein centre de sa poitrine se trouvait la bobine de l'acteur qui s'était cru intelligent de lui refourguer sa marchandise d'acteur au rabais. Mais elle ne se sentait pas assez forte pour se changer ; alors, elle repartit sur son lit, auprès de son moyennement noble porcichien.

Puis elle attendit. Cinq minutes. Puis dix. Ou peut-être était-ce quinze ? Peu lui importait : c'était déjà trop. Pour s'amuser quelque peu et rendre l'attente moins difficile à tolérer, Gabrielle s'empoigna d'une bouteille, s'éclaircit la voix d'un doux toussotement puis d'une épaule à l'autre, toucha son animal en prenant un air sévère : «  Chien ! Aujourd'hui, la Cour a décidé que votre laideur était un péché au regard de l'Eglise d'Irell ! La sentence que nous avons choisie ne sera jamais assez forte face à un tel affront - toutefois, nous avons décidé de vous mettre à mort ! Puisse votre âme trouver la paix qu'elle mérite !... » Lâchant son sceptre de verre, la psychiatre attrapa les pattes avants de son carlin et le fit s'allonger sur le dos : «  Vous voilà fait, animal ! - - mais ? Que vois-je ? SERAIT-CE VOS YEUX GLOBULEUX QUI QUÉMANDENT MON PARDON ? AH ! Sinistres balivernes - nous savons tous que vous êtes fier d'être un gros moche ! » Un rire niais s'échappa de la blonde puis, soudain, elle le lâcha, satisfaite. Ou peut-être avait-elle compris que quelqu'un (un certain quelqu'un, on se demande qui c'est) venait d'entrer et qu'elle avait une réputation à protéger. Qui sait ! Takuya entra enfin dans la chambre puis s'installa par terre, prêt à commencer les... jeux d'alcool que Gabrielle ne connaissait pas, de toute manière. Pour jouer, encore faut-il avoir des amis. Elle glissa de son lit en emportant sa couverture, avant de se positionner à côté de lui, le regardant en haussant un sourcil tandis que Jean-Charles avait décidé de rester aux côtés de sa maîtresse.

- Votre Altesse voudrait-elle un cocktail ? Je suis prêt là. Même si j'ai pas de shaker. On fera sans.


Gabrielle étouffa un petit rire et lui fit signe que oui, Son Altesse était bien partante pour un cocktail... ce qui la fit penser qu'elle avait oublié le plus important. S'appuyant sur l'épaule du japonais afin de se remettre debout, elle prit une bouteille en main et le tapota d'une épaule à l'autre, comme JC (mais sans la sentence) et reprit d'une voix solennelle :

«  Hm-hm. Avant de débuter les jeux d'alcool – dont vous serez le maître de cérémonie car j'm'y connais pô, la Cour tient tout d'abord à vous nommer... hm... euhm... qu'est-ce que tu pourrais être, tiens ? » Elle le fixa intensément, croisant les bras sur son torse : «   … OH ! Je sais ! La Cour vous nomme gros bo.... non, pas gros, t'es mince – donc, je disais : bouffon de la Reine !  »

Elle chercha un instant quelque chose à lui mettre sur la tête et, dans un haussement d'épaules, déposa un frêle baiser sur son front pour ensuite poser quelque chose de plus lourd sur sa tignasse. Qui a dit que Jean-Charles ne pouvait pas être un bon chapeau ?

«   ... Sinon, les dés sont dans le tiroir de la commode. »

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MessageSujet: Re: Keep my glass full until morning light [Pv Takuya] Mar 16 Aoû - 14:39
Takuya Itô
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Takuya posa le sac sur le sol, avant de s'installer lui-même en tailleur. Sans vraiment accorder de regard à Gabrielle, il commença à sortir les bouteilles, qu'il plaça de manière méthodique : d'un côté, les boissons avec alcool, de l'autre, les boissons sans. La demoiselle vint finalement s'asseoir à ses côtés, sa couverture l'enveloppant comme une traîne. Ce ne fut qu'à ce moment qu'il prit également conscience de la présence de Jean-Charles, le chien terriblement laid de Gabrielle. Il ne comprenait pas comment Gabrielle pouvait aimer ce genre de chose répugnante – pour le reste, elle était plutôt élégante et du genre à aimer les belles choses, non ? Mais enfin, ce n'était pas son problème. Il savait que Lilwenn et Madelen essayaient de tuer la petite bête et si ça ne tenait qu'à lui, il les aurait encouragé sur cette voie, mais il n'était pas sûr que leur mère n'arrive pas à remonter jusque lui, aussi préférait-il ne pas tremper dans ces tentatives. Il se désintéressa du chien pour lever son regard vers le visage sublime de son amie et lui proposa un cocktail. Elle retint un rire avant de hocher la tête.

Takuya chercha son téléphone dans les poches de sa veste, mais un mouvement à ses côtés le fit relever la tête. Gabrielle s'appuya de manière assez indélicate sur son épaule, cherchant visiblement à se relever, et il leva lui-même les bras pour la rattraper si jamais elle tombait – vu la façon dont elle tremblait sur ses jambes, cela ne l'aurait pas étonné. Elle avait une bouteille dans la main, qu'elle tenait comme un sceptre, et il sourit lorsqu'elle la posa sur ses deux épaules ; est-ce qu'elle l'adoubait ? … non, Bouffon de la Reine. Bah, c'était un titre comme un autre, et il ne pouvait pas dire que ça ne lui correspondait pas. Il rit un peu, puis Gabrielle se pencha vers lui pour déposer un baiser léger comme un papillon sur son front, avant de lui poser Jean-Charles sur la tête. Il cligna des yeux sous l'étonnement. Sérieusement ? Il lâcha la demoiselle pour retirer le chien de sa tête, puis la rattrapa lorsqu'elle tressaillit après avoir dit que les dés se trouvaient dans son tiroir.

Tombée dans ses bras (il faisait souvent cet effet-là), il se rendit soudain compte qu'elle portait un tee-shirt à son effigie et il ne put s'empêcher d'éclater de rire. Elle qui se plaignait lorsqu'il offrait des goodies à ses filles ! Il approcha son visage de celui de Gabrielle, comme s'il allait l'embrasser, mais n'en fit rien ; il se contenta de sourire.

- Je vois que son Altesse apprécie beaucoup son Bouffon.

Il la poussa gentiment, l'aidant à s'asseoir à ses côtés, faisant attention à ne pas renverser les bouteilles sur le sol dans le processus. Jean-Charles vint d'ailleurs renifler les boissons et Takuya agita sa main devant sa truffe pour le chasser, à grands renforts de « ce n'est pas pour toi ! ». Puis il retira sa veste, avant de récupérer son portable pour trouver une recette de cocktail digne de ce nom – parce que Gabrielle attendait, quand même. Il tapa rapidement sa recherche dans le navigateur et cliqua sur le premier lien qui apparut. Comme il ne savait pas trop par quoi commencer, il cliqua sur le lien qui amenait visiblement vers « les cocktails les plus populaires ». Le numéro 1 était le mojito, et il se pinça les lèvres en lisant la recette une première fois. A cet instant, il aurait aimé avoir ses lunettes, mais il se contenta de zoomer.

- Je vais aller chercher d'autres verres. On va pas boire nos cocktails dans des coupes de vin, quand même.

*

Ce qui était fascinant avec la cuisine de Gabrielle, c'est qu'elle avait toute sorte d'ingrédients dedans. Pourtant, il n'était même pas sûr qu'elle sache vraiment cuisiner. Car si c'était le cas, vraiment, il ne comprenait pas pourquoi elle ne l'avait jamais invité à dîner. Ça se fait, entre amis, non ? Mais il se désintéressa relativement vite de la question, se contentant d'attraper un citron vert, un couteau, des glaçons et… il n'avait plus de main disponible pour les verres et la menthe. Il posa tout sur le plan de travail de la cuisine, réfléchissant un peu – mais l'alcool avait quand même fait de l'effet puisqu'il ne songea pas tout de suite à chercher un plateau. Néanmoins, il le trouva rapidement une fois que l'idée fut passée par sa tête. Il disposa tout de manière à peu près stable dessus, puis repartit à nouveau vers la chambre. Il poussa doucement la porte avec son épaule, et faillit trébucher sur Jean-Charles, qui avait apparemment trouvé très judicieux de s'étaler au milieu du chemin de l'acteur. Il grommela un peu et insulta – mentalement – le chien porcin avant de reprendre sa place auprès de Gabrielle.

Sans rien dire, il reprit son téléphone et entreprit de suivre à la lettre les instructions de la recette. A la lettre autant qu'il le pouvait sans avoir pris de verre mesureur, en tout cas. Il plaça la menthe dans les verres délicatement, puis versa du sirop de sucre, avant de presser le citron. Il s'appliquait – mais il aimait bien, en fait. Peut-être qu'il devrait apprendre à faire des cocktails. Il touilla légèrement pour casser les feuilles de menthe, puis continua ; le rhum, les glaçons, l'eau gazeuse furent ajoutés un à un. Il tendit un verre à Gabrielle, et trinqua avec elle avant de commencer à boire sa mixture. Beaucoup trop sucrée – pour lui en tout cas. Il toussota, sentant le sucre se cristalliser dans sa gorge. Il se rapprocha du lit, puis s'avachit contre le montant, son verre à la main.

- En fait j'ai plus envie de jouer. On peut… discuter, je sais pas. Ou juste boire. Il resta silencieux un moment, puis reprit : Au fait, qu'est-ce que tu voulais dire par « un acteur tel que moi » tout à l'heure ? J'ai déjà joué des pièces de Musset, hein. En fait, je pense que tu serais surprise de savoir que beaucoup de pièces étrangères sont jouées au Japon : beaucoup de Shakespeare, évidemment, et plein de pièces françaises aussi, du Molière surtout… Des pièces italiennes un peu. Mais les pièces étrangères sont généralement jouées dans de petites salles. Tu es déjà allée en Italie ? Les théâtres sont superbes là-bas. Je t'y emmènerai un jour, si tu veux.

Takuya posa sa tête contre le lit, fermant les yeux un instant, buvant son verre lentement, en se remémorant l'Italie.


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MessageSujet: Re: Keep my glass full until morning light [Pv Takuya] Sam 3 Déc - 19:40
Gabrielle Heimdall

Keep my glass full
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«Partons, dans un baiser, pour un monde inconnu.»
- C'est un peu triste de s'enivrer tout seul.

- Le monde entier m'abandonne; je tâche d'y voir double, afin de me servir à moi-même de compagnie.




L'acteur n'avait jamais été aussi beau. Un sourire attendri apposé à ses lippes, Gabrielle imprégna sa mémoire de cette délicieuse image puis poussa un gémissement de déception quand Takuya ôta sa toute nouvelle couronne. Qu'avait-il, vraiment, contre l'extrême splendeur, contre le beauté surnaturelle de son camarade à quatre pattes ? En moins de rien, son compagnon porcin, comme ayant compris que sa présence n'était guère appréciée par cet invité surprise, s'en alla sous les planches du lit, laissant sa triste propriétaire désolée et seule avec son abruti d'invité. Comment pouvaient-ils être proches s'il ne tolérait pas même la présence de son second meilleur ami ?Décidément, sa relation avec l'acteur – tout comme les raisons de cette dite-relation – demeurait un mystère à ses yeux. Peut-être était-ce parce qu'il était beau... et doué. Et beau. Mais Ô combien doué.

A la suite d'une chute qu'elle vit défiler au ralenti, Gabrielle ferma les yeux par crainte du choc, mais rejoignit curieusement les bras de son partenaire, s'y accrochant faiblement d'une main des plus molles, l'esprit encore embrumé. S'en suivit d'un commentaire auquel elle ne répondit que par un sifflement, secouée par un rire faiblard dont le son se fit à peine entendre, quand bien même son visage ne se trouvait qu'à quelques centimètres du sien. Pourquoi d'ailleurs ; comptait-il l'embrasser ? Si oui, qu'attendait-il ainsi, avec son rire niais et son sourire tout aussi peu intelligent ? Qu'elle l'y lui autorise ? Ah ! Le pauvre se doutait bien qu'elle n'avait rien à gagner dans le refus – à moins que son humour, tout aussi mauvais que douteux, ne vienne à nouveau éteindre le feu de la concupiscence qu'elle éprouvait auprès de lui. Cela dit, tel un homme taillé dans de la pierre qu'il faudrait libérer de son socle, son immobilité semblait indiquer un grand besoin de feux verts ou bien d'encouragements de la même augure. A croire qu'il fallait tout faire par soi-même ! Mais la psychologue, à la fois las et lassée de sa docilité fébrile sous les assauts quotidiens de son favori, décida soudainement de prendre le dessus sur ce coq si bien bâti. L'appréciait-elle, vraiment ? La cervelle ainsi imbibée, elle devait bien admettre qu'elle n'en savait plus rien, se contentant d'imiter l'amour à ses côtés sans qu'aucun des deux n'en ressente la moindre parcelle. Par chance, la française n'avait point besoin d'aimer pour désirer cet homme avec lequel elle partageait sa couche lorsque l'envie s'en faisait sentir. Et, de toutes les manières, n'était-elle pas suffisamment occupée à soupirer après l'amour de sa belle et tendre génitrice qui – hélas ! n'avait de yeux que pour sa partenaire initiale ? Vraiment, tomber amoureuse de ce guignol à barbiche était réellement la dernière des choses qu'elle souhaitait. Et fort heureusement, le caractère de ce dernier tuait autant l'amour que la patience dans le cœur de la femme blonde.

Tendant lentement son bras derrière le dos de l'acteur, sa poigne vint se refermer contre sa nuque qu'elle captura entre ses serres, tandis qu'elle redécouvrait ce plaisir qu'était d'étreindre cet imbécile qui, pourtant, la frustrait tant. Son corps pressé contre le sien, elle plantât alors sur ses lèvres un baiser des plus impudiques, dardant les pointes jumelles de sa langue contre cette faille qui se présentait à elles. Sa salive était imprégnée d'un arrière-goût de vin dont l'amertume la rebuta un instant sans toutefois la freiner dans son avancée, lapant sa consœur humide sans jamais consentir à libérer sa proie. Depuis quand ne l'avait-elle pas embrassé ainsi ? Oh, sûrement qu'elle n'y faisait plus attention, ce n'était pas là l'essentiel de leurs activités... Mais elle aurait presque pu dire que cela lui avait manquée. S'abandonner à lui et déshonorer sa féminité avait son charme ; elle ne le niait pas -  mais faire taire cet homme qui parlait décidément trop en scellant ses lippes aux siennes ne manquait jamais de lui procurer quelques frissons fiévreux. Elle fit perdurer l'échange le laps de quelques instant, glissant le dos de sa main tout du long de ses courbes absentes puis sur sa hanche, qu'elle saisit d'une poigne débile. Takuya était telle une créature dont la beauté ne pouvait être appréciée que dans le silence ; et quelle beauté que la sienne ! Glissant sous ses doigts, la fausse reine la sentait se dévoiler, une curiosité enfantine animant le moindre de ses mouvements, ravie qu'il ne la repousse pas. Hélas ! cet amour qu'elle éprouvait pour son corps ne l'empêcha nullement de susurrer d'un souffle un « Tu es un arrogant... Takuya...  » murmuré tout contre ses lèvres, qu'elle délaissa nonchalamment une fois séparée de lui. Sans doute tenait-il à ne pas mourir asphyxié ; elle-même y avait perdu de son souffle, et essuyait désormais ses lèvres d'un geste vif du poing :

« Va, mon coquin. » ricana-t-elle tout en le regardant en biais. « Remue-toi les miches et... et... ? Ah, oui. Trouve-nous donc une recette de mojito-orfh !  »

La psychiatre se laissa alors échouer contre le sol, la joue posée, déformée contre ses bras repliés, dans l'attente que le japonais ne trouve ce pour quoi il était initialement venu. Qu'allait-il lui préparer ? Le voyant se relever puis quitter la pièce après avoir prononcé une phrase aussi floue que son cerveau était en souffrance, Gabrielle geignit, comme plongée dans une agonie similaire à ce que l'Enfer lui préparait :  «  Takuyaaaaaa... me laisse paaaas...  » Sa voix, grinçante et monocorde, n'était plus que miaulements et plaintes de femme détruite par l'alcool et la solitude, solitude par ailleurs compensée par la présence de son partenaire à quatre pattes (comprendre ici JC. Takuya n'est pas à quatre pattes encore *JK*). Qu'en était-il de sa fierté ? Cela était aussi la question qu'elle se posait. Le temps lui parut long, mortel. Prenait-il son temps ou n'était-elle plus apte à discerner le réel de son imagination, dans laquelle les secondes étaient devenues pénibles comme des heures et les minutes comme des jours ? Quel terrible malotru. Faire attendre une femme de sa trempe ! Y avait-il pire insulte que celle-là ?

… … ...

«  … yaaa ! … …  Taku- - yarrh... !  »  L'homme était revenu ; la femme, elle, rampait jusqu'à ses jambes qu'elle attrapait, dès lors que l'une d'entre elles se trouva à proximité de ses mains. Ils se réinstallèrent donc à leurs places respectives et le barbu s'arma à nouveau de son précieux cellulaire, dans lequel il retrouva la recette du cocktail qui allait très certainement achever les derniers neurones de la blonde. Tout bougeait bien trop vite pour que ses yeux puissent suivre les mouvements de son bon ami ; ses mains, les ingrédients, les ustensiles, tous se déplaçaient avec une vitesse folle qui ne faisait qu'empirer ce mal qui lui brûlait la rétine. Se frottant les paupières entre son index et son pouce, elle grommela. Au moins était-elle rassurée de le savoir de retour – mais elle savait tout aussi bien qu'elle allait regretter de l'avoir appelé de la sorte. Ainsi humiliée par son propre comportement, elle ne pouvait plus qu'espérer qu'il oublierait sa déchéance passée, le lendemain de leur beuverie. Le mojito fin prêt à la dégustation, sa main vint se munir du verre qu'il lui tendait, puis sa langue en caressa la surface, comme piquée d'un doute quant au goût que cette mixture allait avoir. Sucré. Trop sucré. Un frisson la glaçant de bas en haut, une grimace s'apposa sur son visage tandis qu'elle reposait le calice à ses côtés, se laissant choir contre l'épaule de Takuya.

Au moins, il avait pour qualité d'être confortable. 100 points pour ce gros Poufsouffle... 100 points aussitôt retirés lorsqu'il recommença à parler - à déblatérer encore et encore, tel un puits sans fond et sans fin sur des choses que sa pauvre cervelle ne pouvait appréhender. La mine de plus en plus déformée par un masque de répugnance brute, la psychiatre sentit ses yeux virer au blanc avant de se remuer la tête des deux côtés, se refusant à la perte de connaissance. Ne pas céder, pas encore. Même s'il continuait cette torture qu'était sa voix. Un sourcil levé, Gabrielle se figea alors puis leva la tête vers lui, le dévisageant avec un air de surprise qu'elle ne cachait même plus : « Comment... ? Tu n'es pas un acteur pornographique ?... quel dommage, peut-être aurais-je voulu voir tes films, si tel avait été le cas... ça explique pourquoi tes fans ne sont que de grosses pucelles rugissantes, pour la plupart... »  L'amour fou entre des adolescentes et une femme qui ne se retrouvait que trop souvent harcelée par celles-ci. Ne comprenaient-ils pas qu'elle n'avait rien de la compagne de cet abruti fini ? Si seulement il arrêtait de venir se réfugier derrière sa porte chaque fois qu'elles en avaient après sa vertu, peut-être – et elle insistait – cesseraient-elles tout autant de glisser des menaces de mort sous sa porte. Tsk. Comme si ces truies criardes pouvaient lui insuffler le moindre sentiment de peur ; les reines ne craignaient pas les viles paysannes. D'autant plus lorsque la couronne se retrouvait posée sur la tête d'une psychopathe éhontée.

Lorsque la question de l'Italie parvint à ses esgourdes, la réponse de Gabrielle fut immédiate, marmonnant  sans lui accorder l'ombre d'un regard avant de se retrouver stoppée dans son élan : « Je... n'y suis jamais allée. Mais pourquoi pas... un jour ? Je me ferais un plaisir de te noyer lors d'une traversée en gondole. A moins que tu ne joues pour m- - -» Des bruits retentirent depuis le hall, la faisant se décoller de son amant et le dévisager sans comprendre. Quelqu'un venait de toquer, mais son invité se trouvait ici, dans la pièce – et elle était presque sûre de ne pas halluciner. Presque. «  Ma Nymphe des saaaables ? Pourquoi m'as-tu fermé ta porte ? » La voix qui suivit les deux coups assénés à sa porte lui valut un soupir, comprenant soudain de qui il s'agissait. Si ça, ce n'était pas du mauvais timing, elle ne s'y connaissait pas !  

« Oh non, pas lui... » grinça-t-elle entre ses dents. Désignant la porte à son ami porcin, la blonde se revêtit de son autorité naturelle et tenta tant bien que mal de se sortir du pétrin dans lequel elle se sentait peu à peu s'enfoncer : « Jean-Charles ! Va le mordre ! Si tu veux le faire aussi, fais-toi plaisir, Takuya... (« Gabrielle ? Es-tu lààà ? »)  Humpf, il va réveiller les voisins, ce con. Sois mignon, et va lui ouvrir, s'il-te-plaît. Fais-toi passer pour mon ami gay - - mais n'y touche pas : il est à moi. »

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MessageSujet: Re: Keep my glass full until morning light [Pv Takuya] Sam 6 Mai - 1:46
Takuya Itô
Keep my glass full until morning light
Gabrielle portait le tee-shirt qu'il lui avait offert ; il avait éclaté de rire et avait voulu se montrer joueur, comme à son habitude. Elle était tombée dans ses bras, il avait approché son visage du sien. Lui qui l'avait pris pour Sakuya – à peine une fraction de seconde – quelques instants plus tôt devait reconnaître que seule leur chevelure dorée se confondait. Les traits de leurs visages différaient en tout – les yeux clairs de Gabrielle contre la douceur obscure de ceux de sa fiancée ; le nez rond de son amante, le nez pointue de Sakuya ; les lèvres épaisses de celle qu'il tenait dans ses bras, la bouche en cœur de celle qu'il n'enlacerait plus jamais. Cette brutale réflexion l'avait empêché de franchir la distance entre leurs deux bouches ; mais il n'avait pas manqué de faire remarquer à Gabrielle ce qu'elle portait. Puis il l'avait senti glisser ses mains dans son cou, se presser contre lui, avant de poser ses lèvres sur les siennes. Elle ne se contenta pas longtemps de ça, et leur baiser fut beaucoup moins chaste que le premier qu'il avait partagé dans la soirée. Elle ne l'embrassait jamais ainsi lorsqu'elle était sobre ; il avait même fini par penser qu'elle n'aimait pas ça. Il avait toujours pensé que leur relation – deux amis qui passaient du bon temps ensemble – l'en empêchait. Takuya ne put s'empêcher de rire lorsqu'elle le traita d'arrogant. Il aurait voulu répondre mais elle fut plus rapide – pour une fois – lui ordonnant presque d'aller chercher quelque chose à lui faire boire.

*

Son mojito – trop sucré – en main, Gabrielle contre lui, Takuya se sentait bien. Sans elle, peut-être, n'aurait-ce pas été la même chose. Ce n'était pas tant sa présence à elle que le fait qu'il y ait quelqu'un à ses côtés, à vrai dire. Bien sûr, le fait que ce ne soit pas n'importe qui avait son importance ; il pouvait discuter, il pouvait déblatérer des tonnes de choses sur sa vie sans qu'elle ne dise rien (le fait qu'elle soit aux portes de la mort à l'instant même en étant sans doute la raison), il pouvait l'embrasser, l'enlacer, sans que cela ne paraisse trop bizarre ; et enfin il la connaissait. Puis une question lui revint en tête ; une question qui tournait sur sa culture, comme s'il était censé être un ignorant ; que diable voulait donc dire Gabrielle lorsqu'elle disait « un acteur tel que lui » ? Il indiqua les pièces dans lesquelles il jouait parfois, lui expliquant que, si peu de pièces européennes étaient jouées au Japon, elles n'en restaient pas moins présentes. Son amie leva vers lui un regard marquée par une pure surprise et il s'en étonna à son tour.

Depuis tout ce temps, elle l'avait pris pour un acteur porno.

Il sentit le rire monter en lui, chatouiller son ventre et arriver dans sa gorge. Son éclat de rire fut sans doute l'un des plus puissants qu'il avait eu depuis longtemps. Il y avait quelque chose de réellement comique à la situation – le regard de Gabrielle, le fait qu'elle ait cru cela depuis qu'elle le connaissait, le fait que Takuya n'ait jamais pensé un instant à clarifier les choses. Son corps était parcouru de ces secousses qui donnent l'air de trembler – tant et si bien que son mojito finit en grande partie par passer par-dessus bord – par-dessus le bord de son verre. Il entendit et comprit quand même le reste des phrases de son amante, qui insultait – encore – ses jeunes fans. Est-ce que cela d'ailleurs n'aurait pas dû lui mettre la puce à l'oreille ? Takuya ne put s'empêcher d'embrasser sa joue lorsqu'il se calma – elle méritait bien cela ; il réussit murmurer qu'elle était drôle entre deux légers éclats de rire.

Puis, lorsque le rire mourut définitivement, il parvint à retrouver un semblant de tranquillité. Reprenant son discours là où il l'avait arrêté, il demanda à Gabrielle si elle était déjà allée en Italie – lui proposa même de l'y emmener, un jour. Malgré l'alcool ingurgité, elle répondit aussitôt – peut-être que la scène précédente l'avait un peu sortie du cocon engourdissant créé par le vin. Elle assura qu'elle se ferait un plaisir de le noyer, puis, alors qu'elle avait amorcé une nouvelle phrase, quelqu'un frappa à la porte. Takuya eut le réflexe de regarder sa montre, qui lui indiquait qu'il était trois heures du matin. Quant à Gabrielle, elle le fixait, ne comprenant visiblement pas plus que lui ce qu'il se passait. Puis une voix retentit, brisant le silence qui était soudainement tombé quelques secondes plus tôt. A nouveau, la réaction de la femme blonde fut immédiate. Elle connaissait visiblement celui qui était là. Takuya, lui, s'interrogeait sur le surnom. « Nymphe des sables » lui semblait légèrement contradictoire (non qu'il ne s'y connaisse vraiment en nymphes, mais ce terme lui évoquait plutôt de jolies jeunes femmes avec des fleurs dans les cheveux qui couraient et sautillaient dans les forêts et les clairières).

Elle demanda à Takuya de se faire passer pour son ami gay, mais de n'y point toucher. Il bouda un instant (ils ne partageaient donc pas ?) mais considéra qu'elle avait sûrement ses raisons. Il se leva, le pas un peu hésitant, prêt à jouer son rôle comme il le fallait. La lumière du salon lui arriva en plein visage, et il mit quelques secondes à s'habituer à la luminosité. Jean-Charles l'avait accompagné, et à nouveau il décida de se mettre en travers de son chemin. Takuya l'évita miraculeusement et n'eut donc pas à subir l'humiliation d'une chute – ce qui était sans aucun doute le projet du chien. Il lui jeta un regard dédaigneux, posa sa main en visière et éteignit la lumière dès qu'il trouva l'interrupteur. Un lampadaire à l'extérieur laissait son scintillement cru éclairer la pièce, aussi l'acteur ne se trouva pas totalement désemparé – de plus, la chambre étant dans un état plus proche de l'obscurité qu'autre chose, cela lui reposa instantanément les yeux. Il ouvrit les verrous un à un, avant de passer sa tête par l’entrebâillement. Il s'effaça, laissant entrer l'invité. Puis il mit son index devant sa bouche, et murmura :

- Gabrielle dit qu'il ne faut pas crier. Les voisins dorment. Au fait, enchanté, je m'appelle Takuya.
- Ma Nymphe des saaables, qui est cet homme ?

Ok. Takuya le connaissait depuis à peu près cinq secondes et en avait déjà assez. Il porta ses doigts à ses tempes, massant doucement – le mal de crâne n'était pas loin, d'autant plus si l'autre continuait à hurler. Puis, tel un collaborateur en pleine guerre, il dénonça Gabrielle sans honte aucune.

- Elle est dans sa chambre.

L'homme lui lança un regard suspicieux, auquel Takuya ne fit pas attention. Jean-Charles, chien de garde s'il en était, se contenta de lancer un aboiement peu convaincu. L'acteur préféra rester dans le salon, enfonçant sa tête dans un oreiller, comme si cela pouvait instantanément guérir sa migraine. On est stupide quand on est saoul, et lui l'était plus que les autres.


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MessageSujet: Re: Keep my glass full until morning light [Pv Takuya]
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Keep my glass full until morning light [Pv Takuya]
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